Music - Tour de France couv 2 copie

Quand la musique populaire chante le sport : spécial Tour de France

Publié par Auteur invité on 31/07/19 09:59
  

Chose promise, chose due : le vélo prend ses quartiers chez les groupes électrifiés made in Hexagone. Ca valait bien un article exclusivement dédié, la Petite Reine arrive en tête des sources sportives d’inspiration musicale. La sélection du jour réserve quelques montées de cols inattendues, allons-y en danseuse.

 

Le p’tit coin des punks

 

On les avait quittés dans le Massachusetts, une batte à la main (cf épisode 1), les voilà supporters du Tour de France et ils sont venus en masse - qui l’eût cru ?

 

Série Sport & Musique, épisode 1 (1/2) 

 

Cette rencontre entre mondes que l’on croyait cloisonnés n’est peut-être pas si incongrue. On pourrait se dire au premier abord que les « ponques » brûleraient les caravanes et les chaises pliantes des supporters du Tour plutôt que de s’y asseoir et boire une bière avec eux. D’un autre côté, il faut bien garder à l’esprit que, chacun à leur manière, les deux clans constituent avant tout une émanation du pays profond (sans aucun accent péjoratif), avec des différences importantes, certes, mais qui n’empêchent pas de partager telle ou telle mythologie populaire.

 

A ce titre et la parenthèse sociologique refermée, les morceaux qui nous intéressent sont surtout des hommages à des cyclistes célèbres, parfois très anciens. Ainsi, en vrac et non exhaustivement, des années 80 à nos jours :

 

-          L’inévitable Raymond Poulidor, qui de mieux qu’un éternel second hyper aimé du public pour inspirer une chanson, voire le nom d’un groupe : Les Poulidoors, très loin de l’élégance du groupe de Jim Morrison, pratiquent un punk nordiste assez crade et beuglent Pou pou pou, mais aussi Floyd Landis et d’autres ;

 

-          Pour Ludwig Van 88 c’est Louison Bobet, pardon « Louison-Louison-Louison Bobet !!! Vas-y Louisoooooooon !!!! », triple vainqueur du Tour après-guerre ;

NB : Sport toujours mais hors cyclisme, les Ludwig ont aussi chanté Mike Tyson et Goal di Pele.

 

-          Chez Didier Wampas pédalent Jalabert (Laurent) et Marco Pantani à Rimini, localité où l’Italien a été retrouvé mort d’une overdose.

 

Chanson nominative toujours mais en marge des punks (quoique), on conclura avec Walking Indurain de Fred Poulet, un drôle d’objet sonore en mode commentaire sportif à la scansion-respiration bizarre, derrière un micro au filtre très caractéristique.

 

Chef-d’œuvre sur plateau

 

Il faudra cependant sortir de ce sous-genre pour dégoter LE chef-d’œuvre de la chanson cycliste, à savoir 10 jours avant Paris de Sanseverino, sur l’album Exactement (2006) - ce coup-ci, privilégiez l’original en studio. L’artiste reprend le principe de l’ode à un perdant anonyme mais emblématique, initié avec le Swing du nul sur son premier album.

 

Tandis que le Swing du nul était exubérant et sonore puisqu’un big band venait renforcer la formation de l’époque (plutôt manouche au départ), 10 jours avant Paris fait l’objet d’un arrangement beaucoup plus minimaliste, tout en retenue, tempo lent jazzy, avec une montée en gamme dite «  brisée », longue et omniprésente. Autrement dit, au lieu d’un classique « do-ré-mi-fa-sol-la-si-do » qui évoquerait la fluidité, on tombe sur une variante « do-ré-mi-fa, -mi-fa-sol, mi-fa-sol-la », etc. L’impression est ainsi donnée d’une d’ascension mécanique beaucoup plus laborieuse, trois-pas-en-avant-deux-pas-en-arrière, appuyée par un rythme très claudiquant.

 

Cette construction n’est pas due au hasard puisque l’anti-héros de la chanson est un cycliste au bout du rouleau sur le Tour de France. La poésie et la tendresse entourent ce « pansement pédalant » poissard, qui n’a « gagné que des douleurs au classement du meilleur grimpeur » avec le spectre de « la voiture balai dans le dos » - le texte entier est de très haute tenue. Le pauvre gars s’arrête en pleurs, tenté d’abandonner, avant d’être consolé et encouragé à repartir par un couple de spectateurs. Pour lui remettre du baume au cœur, une petite outro instrumentale plus swing récupère le big band transverse à cet album.

 

Sanseverino remettra le couvert en 2017 avec le bluesy, jubilatoire et superbement foutraque Montreuil/Memphis, qui présente une grande  étape cycliste un poil moins réaliste que 10 jours avant Paris. Forcément, plus de 7000 bornes… La citation qui tue : “Tant pis pour le tourisme comme le disait Dracula / Roulons à tombeau ouvert et après on verra.”

 

Tags: L'Entraînement, L'Équipement

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